Le réglement intérieur dans les EPLE

 

Circulaire n° 2000-106 du 11 juillet 2000

B.O. Spécial N° 8 du 13 juillet 2000
R.L.R. : 520-0
NOR : MENE0001707C
MEN – DESCO B4 et B6 – DAJ

Réf. : L. n° 89-486 du 10-7-1989 ; D. n° 85-924 du 30-8-1985 mod.

Texte adressé aux rectrices et aux recteurs d’académie ; au directeur de l’académie de Paris ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, directrices et directeurs des services départementaux de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale ; aux chefs d’établissement

 


Préambule

La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 modifiée a accordé un rôle important à la communauté éducative. Pour donner vie à cette communauté éducative et lui apporter les moyens de sa mission, il est nécessaire d’en définir clairement les règles de fonctionnement ainsi que les droits et les obligations de chacun de ses membres : tel est l’objet du règlement intérieur.

Celui-ci ne peut en aucune façon se réduire, comme c’est parfois le cas, à un énoncé de dispositions relatives aux obligations des seuls élèves et au régime des punitions et des sanctions les concernant.

En effet, comme le précise le rapport de présentation du décret du 18 février 1991 relatif aux droits et obligations des élèves, le règlement intérieur indique les modalités de respect de leurs obligations, mais également les modalités d’exercice de leurs droits, dans le cadre scolaire.

Elaboré et réactualisé en concertation avec tous les acteurs de la communauté éducative et dans son application même, il place l’élève, en le rendant responsable, en situation d’apprentissage de la vie en société, de la citoyenneté et de la démocratie.

Texte à dimension éducative, le règlement intérieur doit se conformer aux textes juridiques supérieurs tels que les textes internationaux ratifiés par la France, les dispositions constitutionnelles, législatives et réglementaires en vigueur, qu’il doit respecter.

Il est lui-même l’expression notable, mais non la seule, du pouvoir de réglementation dont dispose l’établissement public local d’enseignement.

Dans le cadre de l’autonomie conférée par le décret du 30 août 1985 à l’EPLE, en matière pédagogique et éducative, le conseil d’administration adopte les dispositions d’ordre général et permanent qui permettent à tous les membres de la communauté éducative de connaître les bases qui régissent la vie quotidienne dans l’établissement, ainsi que les décisions individuelles que le chef d’établissement peut prendre en application de ces règles.

La juridiction administrative a eu l’occasion à plusieurs reprises de se prononcer sur la régularité de certaines dispositions introduites dans des règlements intérieurs d’établissement scolaire, dont elle a reconnu qu’elles peuvent revêtir le caractère de décisions administratives opposables aux personnes qu’elles visent. La réglementation des droits et des obligations des élèves peut donc faire l’objet de recours devant les tribunaux administratifs.

Cette dimension juridique et normative du règlement intérieur implique que chaque adulte doit pouvoir s’appuyer sur lui pour légitimer son autorité, en privilégiant la responsabilité et l’engagement de chacun.

Il est donc paru opportun de préciser les principes sur lesquels repose le règlement intérieur, son contenu et notamment les éléments essentiels et indispensables qu’il doit contenir, ainsi que les modalités selon lesquelles un tel règlement est adopté, élaboré, modifié.

 

I – L’objet du règlement intérieur

Le règlement intérieur permet la régulation de la vie de l’établissement et des rapports entre ses différents acteurs. Chacun des membres doit être convaincu à la fois de l’intangibilité de ses dispositions et de la nécessité d’adhérer à des règles préalablement définies de manière collective.

Ainsi que cela ressort de l’article 3 du décret du 30 août 1985, le règlement doit contenir les règles qui s’appliquent à tous les membres de la communauté éducative ainsi que les modalités selon lesquelles sont mis en application les libertés et les droits dont bénéficient les élèves.

L’objet du règlement est en conséquence double :

  • d’une part, fixer les règles d’organisation qu’aucun autre texte n’a définies et qu’il incombe à chaque établissement de préciser, telles que les heures d’entrées et de sorties, les modalités retenues pour l’attente des transports scolaires devant l’établissement, ou encore les déplacements des élèves ;
  • d’autre part, après avoir procédé au rappel des droits et des obligations dont peuvent se prévaloir les membres de la communauté scolaire en raison des lois et décrets en vigueur, déterminer les conditions dans lesquelles ces droits et ces obligations s’exercent au sein de l’établissement, compte tenu de sa configuration, de ses moyens et du contexte local.

S’agissant notamment des élèves, le règlement intérieur ne peut en conséquence se contenter de procéder à un simple rappel des droits et des devoirs qui s’imposent à eux et qui figurent déjà dans le décret du 30 août 1985, mais il convient qu’il précise les modalités selon lesquelles ces droits et ces obligations trouvent à s’appliquer dans l’établissement.

II – Le contenu du règlement intérieur

Normatif, le règlement intérieur est aussi éducatif et informatif : document de référence pour l’action éducative, il participe également à la formation à la citoyenneté des élèves et facilite les rapports entre les acteurs de la communauté éducative.

2.1 Les principes qui régissent le service public d’éducation

Le service public d’éducation repose sur des valeurs et des principes spécifiques que chacun se doit de respecter dans l’établissement : la gratuité de l’enseignement, la neutralité et la laïcité, le travail, l’assiduité et la ponctualité, le devoir de tolérance et de respect d’autrui dans sa personne et ses convictions, l’égalité des chances et de traitement entre filles et garçons, les garanties de protection contre toute forme de violence psychologique, physique ou morale et le devoir qui en découle pour chacun de n’user d’aucune violence.

Le respect mutuel entre adultes et élèves et des élèves entre eux, constitue également un des fondements de la vie collective.

Ces principes doivent inspirer tout règlement intérieur, tout comme ceux relatifs aux droits de l’enfant institués par la convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989, ratifiée par la France (cf. B.O. hors série n° 13 du 6 novembre 1997).

2.2 Les règles de vie dans l’établissement

Le règlement intérieur doit permettre de réguler la vie dans l’établissement et les rapports entre les différents membres de la communauté scolaire par des dispositions précises.

La liste ci-dessous, qui concerne les règles de fonctionnement de l’établissement, d’organisation des études et celles qui régissent la vie quotidienne, peut être complétée utilement par d’autres points en fonction de la situation locale et de la spécificité de l’établissement.

L’organisation et le fonctionnement de l’établissement

  • horaires,
  • usage des locaux et conditions d’accès,
  • espaces communs,
  • usage des matériels mis à disposition,
  • modalités de surveillance des élèves,
  • mouvement de circulation des élèves,
  • modalités de déplacement vers les installations extérieures,
  • récréations et inter-classes,
  • régime des sorties pour les internes, les demi-pensionnaires et les externes,
  • organisation des soins et des urgences.

L’organisation de la vie scolaire et des études

  • gestion des retards et des absences,
  • utilisation du carnet de correspondance,
  • évaluation et bulletins scolaires,
  • organisation des études,
  • conditions d’accès et fonctionnement du CDI,
  • modalités de contrôle des connaissances,
  • usage de certains biens personnels (téléphone ou ordinateur portables, baladeur, “talkie-walkie”...).

La sécurité

  • tenues incompatibles avec certains enseignements, susceptibles de mettre en cause la sécurité des personnes ou les règles d’hygiène ou encore d’entraîner des troubles de fonctionnement dans l’établissement.

Il faut rappeler en outre que toute introduction, tout port d’armes ou d’objets dangereux, quelle qu’en soit la nature, doivent être strictement prohibés.

De même, l’introduction et la consommation dans l’établissement de produits stupéfiants sont expressément interdites. Il doit en être de même pour la consommation d’alcool, excepté, pour les personnels, dans les lieux de restauration.

Il est rappelé qu’il est interdit de faire usage du tabac dans les établissements scolaires.

2.3 L’exercice des droits et obligations des élèves

Les droits et obligations définis par la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 et par le décret du 18 février 1991, ont été précisés par les circulaires n° 91-051 et 91-052 du 6 mars 1991. Ils varient selon qu’il s’agit de collégiens ou de lycéens.

2.3.1 Les modalités d’exercice de ces droits

Dans les collèges, les élèves disposent, par l’intermédiaire de leurs délégués du droit d’expression collective et du droit de réunion.

Dans les lycées, les élèves disposent des droits d’expression individuelle et collective, de réunion, d’association et de publication.

Ceux-ci s’exercent dans le respect du pluralisme, des principes de neutralité et du respect d’autrui. Tout propos diffamatoire ou injurieux peut avoir des conséquences graves.

L’exercice de ces droits ne doit pas porter atteinte aux activités d’enseignement, au contenu des programmes et à l’obligation d’assiduité.

Outre le rappel de leurs droits spécifiques, le règlement intérieur doit préciser également, selon qu’il s’agit de collégiens ou de lycéens :

  • les modalités d’exercice du droit de réunion et notamment les conditions auxquelles est subordonnée l’autorisation du chef d’établissement,
  • les conditions d’affichage dans l’établissement en application du droit d’expression collectif (panneau d’affichage et sa localisation, texte obligatoirement signé...),
  • la diffusion dans l’établissement, pour les lycéens, de leurs publications ainsi que le rôle de conseil et d’aide du chef d’établissement en la matière,
  • les conditions de création et de fonctionnement des associations déclarées qui ont leur siège dans l’établissement.

2.3.2 Les obligations

L’obligation d’assiduité consiste à participer au travail scolaire, à respecter les horaires d’enseignement, ainsi que le contenu des programmes et les modalités de contrôle des connaissances. Un élève ne peut en aucun cas refuser d’étudier certaines parties du programme de sa classe, ni se dispenser de l’assistance à certains cours, sauf cas de force majeure ou autorisation exceptionnelle.

Il est rappelé que les élèves doivent être informés des modalités de contrôle des connaissances, les comprendre et les respecter.

Les modalités de contrôle des absences et des retards doivent être clairement précisées dans le règlement intérieur. Elles prendront appui sur une responsabilisation des élèves et de leurs familles : il s’agit de leur faire comprendre l’importance de l’assiduité et de maintenir le dialogue entre l’établissement et les parents.

Le rôle des enseignants dans le contrôle des absences et des retards doit être précisément défini.

L’absentéisme volontaire constitue un manquement à l’assiduité et peut, à ce titre, faire l’objet d’une procédure disciplinaire. C’est également souvent le signe d’un mal être nécessitant une prise en charge spécifique, ou d’une situation personnelle familiale et sociale fragilisée. Ces situations doivent faire l’objet d’un suivi attentif et précoce de l’équipe éducative.

Le respect d’autrui et du cadre de vie

L’établissement est une communauté humaine à vocation pédagogique et éducative où chacun doit témoigner une attitude tolérante et respectueuse de la personnalité d’autrui et de ses convictions. Le respect de l’autre et de tous les personnels, la politesse, le respect de l’environnement et du matériel, sont autant d’obligations inscrites au règlement intérieur.

Les élèves sont associés aux décisions relatives à l’aménagement des espaces et des lieux de vie destinés à la vie scolaire.

Le devoir de n’user d’aucune violence

Les violences verbales, la dégradation des biens personnels, les brimades, les vols ou tentatives de vol, les violences physiques, le bizutage, le racket, les violences sexuelles, dans l’établissement et à ses abords immédiats, constituent des comportements qui, selon les cas, font l’objet de sanctions disciplinaires et/ou d’une saisine de la justice.

2.4 La discipline : sanctions et punitions

Le règlement intérieur doit comporter un chapitre consacré à la discipline des élèves. Il doit faire mention de la liste des sanctions et punitions encourues ainsi que des mesures de prévention, d’accompagnement et de réparation. Toute punition ou sanction doit être individuelle et proportionnelle au manquement : elle doit être expliquée à l’élève concerné à qui la possibilité de s’expliquer, de se justifier et de se faire assister, doit être offerte.

À cet égard, il convient de se référer à la circulaire “Organisation des procédures disciplinaires dans les établissements scolaires” (cf. page 9 de ce B.O.) qui rappelle les principes généraux du droit sur lesquels se fonde toute procédure disciplinaire ainsi que l’échelle graduée des sanctions fixée par le décret du 30 août 1985. Elle prévoit une liste de punitions ainsi que des mesures de prévention, de réparation et d’accompagnement.

Un tableau de bord des sanctions prises l’année précédente dans l’établissement en application des dispositions du règlement intérieur peut également figurer en annexe.

2.5 Les mesures positives d’encouragement

Il y a lieu de mettre en valeur des actions dans lesquelles les élèves ont pu faire preuve de civisme, d’implication dans le domaine de la citoyenneté et de la vie du collège ou du lycée, d’esprit de solidarité, de responsabilité tant vis-à-vis d’eux-mêmes que de leurs camarades. Il peut s’agir d’encourager des initiatives ou des relations d’entraide notamment en matière de travail et de vie scolaire ainsi que dans les domaines de la santé et de la prévention des conduites à risque. Dans certains lycées, par exemple, des “adolescents-relais” facilitent l’information et les échanges entre les élèves.

Ce mode de “sanction positive” sera défini par chaque établissement en relation étroite avec son projet pédagogique et associera l’ensemble des membres de la communauté éducative. Il devra constituer un élément du règlement intérieur.

La valorisation des actions des élèves dans différents domaines - sportif, associatif, artistique, etc. - est de nature à renforcer leur sentiment d’appartenance à l’établissement et à développer leur participation à la vie collective.

2.6 Les relations entre l’établissement et les familles

Les parents d’élèves ou responsables légaux ont des droits et des devoirs de garde, de surveillance et d’éducation définis par les articles 286 à 295 et 371 à 388 du Code civil, relatifs à l’autorité parentale.

Le règlement intérieur constitue un support essentiel pour instaurer un véritable dialogue ainsi que des rapports de coopération avec les familles, notamment par les informations qu’il apporte sur le fonctionnement de l’établissement, l’organisation de contacts avec l’équipe enseignante et éducative et le calendrier des rencontres entre parents et enseignants.

C’est pourquoi il doit être, en début d’année, porté à la connaissance des parents, favorisant ainsi leur intégration à la communauté éducative et leur permettant un meilleur suivi de la scolarité de leurs enfants.

2.7 Situations particulières

Le règlement intérieur peut être complété par des dispositions particulières tenant à la spécificité de chaque établissement. Elles peuvent concerner notamment :

Les élèves majeurs

Le règlement intérieur s’applique aux élèves majeurs au même titre qu’aux autres élèves. Il convient cependant de respecter les dispositions réglementaires relatives à la majorité, en matière de gestion des absences et d’information directe de ces élèves.

Des règles particulières peuvent être appliquées aux étudiants majeurs (élèves de BTS et des CPGE).

La conduite à tenir en cas d’incident aux entrées et aux sorties

Bien que la protection des abords de l’établissement relève de la responsabilité des services de police et du maire de la commune, le chef d’établissement peut être amené à intervenir, en cas d’incident grave devant l’établissement. Aussi le règlement intérieur peut-il prévoir des modalités particulières concernant les entrées et les sorties de l’établissement.

L’internat

Un règlement particulier annexé au règlement intérieur sera élaboré pour l’organisation de la vie en internat. En ce qui concerne la discipline, les élèves internes relèvent des mêmes instances et procédures que les élèves externes.

Les stages

Des modalités spécifiques peuvent être inscrites au règlement intérieur, relatives à l’organisation des stages en alternance, des stages en entreprise, à la présence d’apprentis et à l’accueil d’adultes en formation continue.

 

III – Élaboration et modifications du règlement interieur

Les modalités de préparation et d’élaboration du règlement intérieur tiennent compte des conditions locales et du niveau d’enseignement.

3.1 Élaboration et révision

Chaque établissement doit définir sa propre démarche d’élaboration ou de modification du règlement intérieur, appropriée à sa situation.

Il s’agit d’y associer l’ensemble des membres de la communauté éducative et de créer les conditions d’une véritable concertation pour que le règlement intérieur, au moins pour partie, soit le résultat d’un véritable travail collectif permettant une meilleure appropriation des dispositions qu’il contient.

Ce travail doit être réalisé au sein des instances participatives de l’établissement : conseil d’administration, commission permanente, conseil de la vie lycéenne, réunion des délégués des élèves dans les collèges. Il peut également donner lieu à la mise en place de groupes de travail, de commissions...

Cette phase de préparation constitue pour les élèves, un temps d’apprentissage de la responsabilité et de la citoyenneté.

La conduite de ce processus est de nature à permettre une meilleure appropriation et intégration des dispositions contenues dans le règlement intérieur.

Le projet de règlement intérieur doit être soumis au conseil d’administration qui l’adopte.

Ce règlement intérieur, “document vivant”, s’éprouve par la pratique et suppose une évolution par des ajustements ou des révisions périodiques. En conséquence, les conditions dans lesquelles une révision peut être demandée doivent être définies dans le document lui-même.

Ces modifications éventuelles sont élaborées selon la même procédure.

3.2 Information et diffusion

Il convient de veiller à ce que le règlement intérieur fasse l’objet d’une information et d’une diffusion les plus larges possibles auprès de tous les membres de la communauté éducative, par exemple lors des journées de prérentrée. Ceci requiert la mise en place d’actions d’information adaptées, complétées par un travail d’explication, notamment auprès des élèves et des parents d’élèves. À cet égard, l’heure de vie de classe, dans les collèges et les lycées, peut constituer un moment privilégié.

Pour le ministre de l’éducation nationale et par délégation,
Le directeur de l’enseignement scolaire
Jean-Paul de GAUDEMAR
Le directeur des affaires juridiques
Jacques-Henri STHAL

 

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Daniel Calin © Tous droits réservés Dernière révision : lundi 09 juin 2009 – 22:20:00